LE TOURNANT ÉCO-DIDACTIQUE DES INSTALLATIONS D’ART ET DE DESIGN DANS LE DOMAINE PUBLIC (1992 – 2017)

Carmela Cucuzzella, Cynthia Hammond et Jean-Pierre Chupin
recherche subventionnée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (Programme Savoir) 2018-2022

Problématique
Ce programme de recherche permettra de cartographier et de théoriser un nouveau type de pratique de l’art environnemental qui a émergé au cours des deux dernières décennies dans les contextes urbains canadiens. Cette nouvelle forme d’art a développé un « discours explicatif » caractéristique ou une stratégie rhétorique dans le domaine public, et traverse les disciplines de l’art, de la conception environnementale et de l’architecture. Nous appellerons provisoirement cette forme d’art « installation éco-artistique ». Ce mode distinct d’installation publique ne cherche pas seulement à persuader le spectateur des priorités écologiques ; il est plutôt motivé par le besoin impérieux d’expliquer et constitue donc en soi une forme entièrement nouvelle de discours explicatif qui transfère ce que nous appelons les « éco-enseignements » dans le domaine public. Nous estimons que ces nouveaux « dispositifs » artistiques témoignent d’un changement historique dans la relation des citoyens aux questions environnementales primordiales au cours des deux dernières décennies. Dans l’écart croissant entre la conscience collective et l’engagement individuel, les artistes ont trouvé un nouveau terrain d’action pour éclairer le public.

Contribution à la connaissance
Malgré le nombre croissant d’installations d’art éco, cette catégorie n’a pas encore fait l’objet d’une attention critique, notamment en raison de la combinaison complexe de l’art, du design, de l’espace public et des éco-enseignements. Nous pensons que la raison de ce manque d’attention réside, en partie, dans le fait que ces œuvres sont intrinsèquement difficiles à évaluer selon les méthodes disciplinaires traditionnelles : elles s’inspirent des beaux-arts, tout en mettant l’accent sur un certain didactisme que les discours artistiques de la fin du 20e et du début du 21e siècle regardent avec méfiance. Ces œuvres sont souvent profondément ancrées dans la conception durable, et, si elles occupent un espace qui évoque à bien des égards l’architecture, l’urbanisme et l’aménagement paysager, elles sont rarement confinées dans l’expertise de ces professions. L’émergence de cet art peut être liée à ce que le public perçoit comme l’échec persistant des politiciens à faire face à la crise écologique. Au-delà de la constitution d’un répertoire en ligne d’installations représentatives de l’art éco canadien, le principal objectif de cette recherche est de documenter les stratégies conceptuelles qui sont le véhicule de ce nouveau discours explicatif dans l’art éco public, et de théoriser la nature didactique des éco-enseignements qui en résultent. Notre hypothèse est que ces nouvelles pratiques hybrides dans le domaine public sont les dépositaires de connaissances inexploitées et indiquent des solutions potentielles, encapsulant une dimension particulière de la conscience environnementale, tout en se distançant de l’éthos abstrait de leurs prédécesseurs. Comment ces pratiques explorent-elles la conjonction de l’art, du design, de l’espace public et de la préoccupation écologique avec des stratégies hautement didactiques ?

Portée
Outre une cartographie scientifique monographique, des publications et des communications, les résultats de cette recherche, rassemblés sur une plateforme numérique bilingue en ligne intitulée « Carte canadienne de l’éco-art », répondront à des objectifs à la fois scientifiques et éducatifs, tels que définis, entre autres, par l’UNESCO, en diffusant l’expertise canadienne dans ce domaine et en présentant spécifiquement les approches didactiques et les idées potentiellement évolutives. Dans une économie numérique en pleine croissance, cette carte sera une ressource importante et innovante pour les étudiants de tous les domaines de l’art et du design, au Canada et dans le monde entier, ainsi pour les institutions et les agents de commande. A travers elle, les citoyens pourront se familiariser davantage avec les débats et les controverses importantes sur l’environnement et seront invités à prendre part à la conversation. Notre analyse des installations d’art éco devrait permettre d’accéder à une compréhension plus approfondie des questions environnementales actuelles et constituer une base de connaissances pour les générations futures.

Carmela Cucuzzella, Cynthia Hammond et Jean-Pierre Chupin
recherche subventionnée par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (Programme Savoir) 2018-2022