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CONCOURS, JUGEMENT CRITIQUE ET ANALOGIE
Titre du projet :
Conflit des interprétations analogiques et jugement architectural dans les concours publics canadiens (1984-2004)
[Jean-Pierre Chupin, Georges Adamczyk, Pierre Boudon]

RÉSUMÉ DE LA RECHERCHE

Comme de nombreux pays démocratiques, le Canada soumet la conception architecturale, urbaine et paysagère de certains édifices publics à la procédure du concours. Bien qu’au Canada ce dispositif de sélection soit souvent réservé aux programmes à vocation culturelle, dans plusieurs pays européens (Allemagne, Suisse, France, Espagne), il tient lieu d’obligation pour l’intégralité de l’espace public (Tilmont, 1992; Nacher, 1999). Selon l’ampleur du programme, un concours sollicite de 3 à plus de 100 projets et les soumet à un jury composé de représentants des enjeux en présence. Ce jury doit procéder à une sélection sur la base d’un jugement consigné dans un rapport final, et le résultat devrait logiquement satisfaire aux exigences les plus hautes. La décision du jury devrait être sans appel. Dans ce cas, comment expliquer que de fréquentes contestations et des critiques a posteriori ébranlent régulièrement la crédibilité d’un tel processus, au point que les règlements de concours contiennent désormais une clause permettant au commanditaire de se désengager de la décision du jury, si celle-ci semble ne pas convenir à l’opinion publique?

Dans le contexte canadien contemporain, on peut effectivement constater que les images proposées par les architectes pour présenter leur projet ne coïncident pas toujours avec la représentation que le jury s’en fait dans son rapport final, laquelle peut à son tour diverger de ce que la réception journalistique pourra exprimer (White, 2007). Ces représentations prennent généralement la forme de formulations métaphoriques, elles-mêmes redevables de processus d’interprétation que nous qualifierons, à la suite de philosophes et de cognitivistes, « d’interprétations analogiques ». Ainsi, là où le programme du concours d’une bibliothèque appellera peut être un « livre ouvert », les architectes pourront imaginer des « étagères mobiles», là où le jury retiendra tel projet qui lui paraît une forme « de stockage flexible », la critique et le public ne verront peut être qu’une « grosse boîte rigide ». Ces échanges interprétatifs, ces jeux de renvois analogiques, prennent parfois une tournure dramatique conduisant à brouiller la réception des projets, à inverser les décisions et à invalider le processus. Une procédure démocratique est alors perçue, par le public, comme une confiscation de son espace de représentation, par les créateurs, comme un gaspillage d’énergie, par les administrateurs, comme un besoin de renforcer la dimension légale et les procédures quantitatives, au détriment du jugement qualitatif et du débat d’idées.

À partir d’un corpus de concours publics organisés au Canada entre 1984 et 2004, cette recherche a pour objectif de contribuer à la reconnaissance du « problème du jury » et des transactions de type analogique qui permettent d’en rendre compte. Cette explicitation des paramètres et des critères du jugement architectural, partira d’une analyse de « conflits d’interprétations » (Ricoeur, 1969) rapportés aux théories de l’argumentation faisant de l’analogie un véhicule cognitif (Perelman, 1969; Lakoff, 1985), et un support discursif prédominant pour la compréhension de ce mode d’«anticipation opératoire» qu’est le projet d’architecture, d’urbanisme ou de paysage (Boutinet, 1990). Prenant appui sur les travaux de philosophes du langage, d’herméneutes, de sémioticiens du textuel et du visuel, et tout en examinant la place que certaines analogies occupent dans les rares théories architecturales du jugement (Collins, 1971) ou dans les discours critiques contemporains, il s’agit à la fois de construire un modèle théorique et de concevoir, puis de mettre à l’épreuve, une grille d’analyse permettant d’évaluer la capacité des différents types de concours canadiens à prendre en compte l’impact des analogies sur le jugement. C’est un processus temporel distinguant ce qui se formule et se conçoit avant, pendant et après le jury qu’il s’agit de modéliser, avant de proposer d’éventuelles modifications des procédures administratives. Les retombées scientifiques de cette recherche viseront la théorie de l’argumentation analogique et celle du jugement architectural, mais il va de soi que l’histoire des concours et celle de l’architecture contemporaine devraient également bénéficier de ce programme scientifique, tout comme l’aide à la décision des administrateurs publics et la formation permanente des organisateurs de concours dans divers domaines de la conception et de la création.

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RESPONSABLES 

Jean-Pierre CHUPIN
Carmela CUCUZZELLA

DESCRIPTION

Ce colloque international rassemblera des chercheurs de diverses disciplines (Architecture, Design, Histoire de l’art, etc.) autour de la question de la critique en architecture. Somme toute objet de peu de théories dans ce domaine, cela surprendra d’autant plus que l’expression de critiques sur la matière de l’espace public et la forme même de la polis et de ses agoras reste légitime. Hormis les architectes, paradoxalement contraints par leur déontologie, tout citoyen peut normalement critiquer tel ou tel projet (notamment dans le cadre de concours), telle ou telle réalisation (dans le cadre ou non d’une consultation publique). Entre le musèlement des uns et la volubilité des autres, la problématique du juste exercice de la critique architecturale dépasse la distinction entre profession et discipline pour recouvrir le spectre entier des pratiques réflexives. Afin de cerner un aussi vaste phénomène, ce colloque sondera une question singulière: quelles sont les dimensions constitutives de la critique du projet architectural contemporain?

La question de la critique renvoyant au rôle des publications, on remarquera surtout que la presse professionnelle adopte généralement une posture de légitimation des pratiques, maintenant une distance respectable avec l’exercice de la critique, lequel ferait en soi objet de controverses proportionnelles aux enjeux (politiques, financiers, techniques, environnementaux, etc.). On peut dès lors s’interroger sur la légitimité d’une pratique qui se trouve pourtant au fondement du système éducatif en architecture et dans les disciplines du design. Une meilleure compréhension de la critique ouverte du projet architectural apparaît aujourd’hui comme une priorité, tant pour l’apport de connaissances disciplinaires, que pour un débat général sur la qualité des espaces et des édifices publics.

Ce colloque abordera la problématique d’une théorie de la critique à partir de cas manifestant des « états contradictoires » du projet. On étudiera en priorité ces situations dans lesquelles les controverses entre les différents acteurs des projets contemporains font état de contradictions entre les attentes et les propositions voire les réalisations, lesquelles révèlent parfois de véritables contre-performances (fonctionnelles, techniques, environnementales, etc.). La critique architecturale ne sera pas directement abordée dans ses aspects socio-culturels, bien que les contextes seront mis en comparaison (Canada, Québec, France, Suisse). D’ordre théorique et philosophique, l’approche méthodologique tentera plutôt d’identifier « les dimensions constitutives d’une critique proprement architecturale » se distinguant de la critique artistique ou de celle des objets de design.

Mot d’introduction: Analogies négatives et pensées positives
Jean-Pierre CHUPIN
LEAP / Université de Montréal 

Comment se fait-il que l’on ne retienne des critiques de l’architecture contemporaine que les expressions négatives ouvrant la voie aux controverses ?

Un manifeste méthodologique: la critique d’architecture selon Max Raphaël (1889-1952)
Estelle THIBAULT
IPRAUS / École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville

Les travaux récents ont pointé la diversité des expressions, fonctions et enjeux de la critique architecturale, selon l’espace dans lequel elle s’élabore, professionnel, journalistique, ou pédagogique. Il s’agit ici de souligner certaines tensions à l’oeuvre dans une critique « savante », adossée à la recherche architecturale telle qu’elle se pratique dans les écoles d’architecture et à l’université. Elle est partagée entre d’un côté, une vocation militante et fondamentalement optimiste, désignant l’architecture comme enjeu culturel majeur et comme discipline intellectuelle exigeante, et de l’autre la dénonciation des travers médiatiques, politiques ou sociétaux dans lesquels la production du cadre bâti se trouve compromise. Nous proposons à cet effet un retour rétrospectif sur le projet théorique du philosophe Max Raphaël. Ses critiques de Le Corbusier ou d’Auguste Perret ou encore sa dénonciation du concours du Palais des Soviets démontrent la volonté de croiser l’évaluation des intentions architecturales, par une étude serrée du processus de conception, avec la compréhension des enjeux externes -­économiques, sociaux, politiques, voire médiatiques– dans lesquels la production du cadre bâti se trouve engagée. Son analyse du groupe scolaire de Villejuif construit par André Lurçat, publiée aux éditions de L’Architecture d’aujourd’hui en 1933, peut être lue comme un véritable manifeste méthodologique pour une critique « dialectique » du projet architectural.

L’architecture comme machine à penser: Alexander Tzonis, l’interprétation de l’architecture classique et la construction de la modernité
Denis BILODEAU
LEAP / Université de Montréal

Le « désir du neutre » est un pathos aurait dit Roland Barthes, un fantasme de l’architecture moderne qui traduit aujourd’hui une position critique particulièrement brûlante. Le désir du neutre s’oppose à la volonté de distinction, à l’expressif, au symbolique, à l’identitaire et au branding. C’est la recherche d’un état de suspension des tensions entre l’architecture et son milieu et dans la composition même de l’architecture. Mais le désir du neutre n’est pas neutre. Il traduit un engagement éthique et esthétique qui ne se manifeste pas par l’inaction ou le retrait mais plutôt par des stratégies et des figures précises et fortes. Cet essai explore la généalogie et les figures du neutre en particulier dans le travail de l’architecte montréalais Éric Gauthier.

Situations critiques et autocritique
Georges ADAMCZYK
LEAP / Université de Montréal

La critique professionnelle en architecture a pour objet l’appréciation des réalisations architecturales à l’occasion de leur réception publique, ou l’appréciation de projets à un stade préliminaire (Collins 1968). En prenant comme exemples différents contextes, on peut distinguer autant de situations : la critique dans une revue spécialisée, la critique pendant le projet, la critique pédagogique, la critique de projets de concours. L’exercice critique accompagne aussi le jugement des projets en contexte académique et en contexte de jury de concours. En tant que performance, le contenu et la forme de la critique varient selon ces situations. La pratique de la critique professionnelle est partagée entre les professeurs d’architecture et quelques praticiens reconnus pour leur engagement intellectuel. Au Québec, comme ailleurs dans le monde, il n’y a pas véritablement de critiques professionnels en architecture. J’ai été formé dans un monde d’architectes-­historiens (Oterro-­Pailos 2010). L’expérience réelle ou anticipée, la description et l’analyse comparative de la réalisation ou du projet comme architecture potentielle ont fondé ma propre démarche. Jouant le jeu de la critique de mes performances critiques, je tenterai de montrer le lien qui unit toutes ces situations critiques.

Critique et jugement du projet architectural
Paolo AMALDI
LÉAV / École Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles

La notion de critique architecturale possède une dimension opérative qui a été soulignée par de nombreux auteurs et en particulier par l’historien, théoricien et vulgarisateur Bruno Zevi (1918 -­ 2000). La critique se veut un démontage raisonné de l’oeuvre en parties dont l’auteur doit montrer et faire émerger l’efficacité. Le jugement suppose, quant à lui, une prise de position par rapport au projet.

Mot d’introduction: Normes environnementales et contre-performances esthétiques
Carmela CUCUZZELLA
LEAP / Université Concordia

Dans le cadre imposé par les injonctions environnementales, quelle place accordons-­nous encore au jugement esthétique ou même à la critique de la forme?

Jouer en douceur: la critique architecturale au Canada
Elsa LAM
PhD, Rédactrice en chef de la revue Canadian Architect

Le paysage de la critique architecturale au Canada est relativement restreint. Il se compose d’un petit cercle d’écrivains, d’éditeurs et de publications. On liste à peine une poignée de revues (Canadian Architect, On Site Reviews, ARQ) et quelques journaux professionnels ou académiques qui s’intéressent à la production canadienne. Les grands quotidiens anglophones, tels que The Globe and Mail ou le Toronto Star présentent régulièrement des chroniques sur l’architecture, mais les sujets restent vastes et les problématiques centrées sur les questions de développement urbain ou encore les évènements étrangers. Le ton adopté est généralement « positif » et ne ressemble guère au ton incisif de la critique européenne. Cette forme de commentaire de l’architecture contemporaine verse parfois dangereusement dans la pure description, quand ce n’est pas de la simple réécriture des dossiers de presse soumis par les architectes. Sommes-­nous confrontés à une problématique globale dominée par le fétichisme des images d’architecture ? Qu’en est-­il de la profondeur des analyses ? Faut-­il attribuer ce phénomène à un tempérament canadien fait d’une culture de la politesse ? Cette présentation examinera le réseau des facteurs en jeu et interrogera la capacité de la « description » à se constituer en une véritable forme de critique architecturale.

Mythologue ou guerillero? Du rôle de la critique dans les guerres du patrimoine
Nicholas ROQUET
LEAP / Université de Montréal

Dans une série d’ouvrages remarqués – dont The Past is a Foreign Country (1985) et The Heritage Crusade(1998), le géographe David Lowenthal a cartographié l’émergence dans la culture moderne d’un discours nouveau sur les lieux : celui du patrimoine. Nouveau en ce qu’il est imperméable aux conventions du droit et aux méthodes de l’histoire, le discours du patrimoine fonde sa puissance sur la mobilisation de pulsions collectives : le particularisme, l’exclusion et surtout la soif de mythes. Déstabilisés par la montée de cette nouvelle histoire qui n’en est pas une, les universitaires se sont repliés depuis trente ans sur une position défensive, observant l’avancée de la patrimonialisation à la manière de mythologues devant un culte primitif. Quant aux architectes, ils montent au combat en ordre dispersé, espérant que, même en contexte de controverse publique, la qualité de leurs propositions se fera voir d’elle-­même.La réalité est autre. Les débats récents au Québec sur l’avenir des sites patrimoniaux indiquent plutôt que l’architecture contemporaine y est « invisible », en ce sens qu’elle n’est envisagée que sous l’angle de son potentiel destructeur. Prenant pour appui le cas de Sillery, nous chercherons d’abord à démonter les travers d’un discours officiel qui conçoit le projet avant tout comme mitigation du risque. Nous soumettrons ensuite à débat des stratégies possibles pour la critique en situation de déni d’architecture : faut-­il se faire correspondant de guerre ?

Qui a peur de l’architecture?
Marie BELS
Architecte postdoctorante / LEAP / Université de Montréal

L’espace public n’est pas seulement le lieu de l’opinion publique, ou des manifestations collectives, politiques ou autres. L’espace public est un espace formateur. C’est un lieu de transformation des objets individuels d’expression. Un livre, une pièce de théâtre, un tableau de peinture, y perd sa marque d’origine, et se soumettant à la critique gagne un anonymat qui fait qu’il n’appartient plus à un, mais simultanément à tous et à personne, et se transforme considérablement. Il y gagne des pouvoirs insoupçonnés, des forces inconnues le traversent, et cette mise à l’épreuve en révèle, le cas échéant, la vérité essentielle. Or l’architecture est par essence une oeuvre collective, la plus publique des disciplines artistiques. A tel enseigne que de nombreux pays d’Europe ont inscrit un « droit à la qualité architecturale » dans leurs résolutions, et généralisé, à cet effet, la pratique du concours pour la commande publique. Il semblerait, paradoxalement, que la nature même de ce processus l’exempte de toute critique à postériori, comme si la confrontation démocratique de plusieurs projets faisait office de débat public et en assurait la légitimité. Le Livre blanc de l’architecture contemporaine en communauté française de Belgique -­ intitulé Qui a peur de l’architecture? -­ se positionne fermement face à cette pratique, dans l’espoir « de refaire de l’architecture une question publique ». Nous en examinerons les propositions essentielles à la lumière de quelques situations concrètes.

Les chemins de l’architecture critique
Louis MARTIN
LEAP / Université du Québec à Montréal

Cette communication examine la construction de l’architecture critique et de la théorie critique architecturale dans les discours de l’architecture américaine entre 1980 et 2004. Elle démontrera que ce développement a été propulsé par une fascination quasi hypnotique pour les effets paralysants et angoissants de la dialectique négative et par une recherche frénétique de justifications alternatives pour légitimer le projet d’une avant-­garde architecturale cathartique.

Revisiter la critique architecturale: Nécessités interdisciplinaires et détour par les sciences sociales
Rainier HODDÉ
LAVUE (Laboratoire architecture ville urbanisme environnement)

Alors que la critique littéraire, cinématographique ou artistique aide à choisir lectures, spectacles et expositions, la critique architecturale n’a aucune prise sur nos choix d’habitants ou d’usagers. Aux effets propres aux différents champs s’ajouterait ainsi cette irrémédiable différence qui renvoie à l’incapacité de la critique architecturale à socialiser une production singulière. Or le croisement de travaux sur la critique, sur la réception sociale des édifices et sur l’oeuvre de certains architectes m’a conduit à rompre avec la binarité singulier-­socialisé en dégageant trois concepts : le thème architectural, la matrice de conception, et le type architectural. Si ces concepts permettent d’identifier l’apport d’un architecte à la discipline elle-­même, l’hybridation avec la sociologie les renforce en faisant dialoguer espace et société. Cette hybridation rappelle aussi que la critique fait figure d’« opération » fondatrice en sociologie, du [Le] métier de sociologue à Faire des sciences sociales. Critiquer (P. Haag et C. Lemieux (dir.), 2012). Reprenant ce dernier programme, je serai ainsi conduit à montrer comment ces concepts en devenir nourrissent la critique architecturale, en forçant à penser et à voir le monde autrement (1), en étant attentif aux biais et erreurs de raisonnement (2), en pensant le débouché politique de la critique (3), la position du critique étant alors particulière dans le fait qu’il est dedans tout en se devant d’être dehors (4).

Maisons-lieux/Houses/Places
Adamczyk, G. (2004)
Architecture contemporaine au Canada /

Contemporary Canadian Architecture

Grand prix, concours de design Grafika, catégorie Livre

Cette publication entièrement bilingue contient des textes de Denis Bilodeau, Georges Adamczyk, Marc H. Choko, Jean-Pierre Chupin, Jacques Lachapelle, et Catherine Szacka qui explorent les relations entre l’architecture et le territoire dans les concours d’architecture organisés entre 1991 et 2005 au Québec. Ces articles sont accompagnés d’images de nombreux projets et sont complémentés par une série de photographies aériennes réalisées par Pierre Lahoud (Le Québec vu du ciel).
> Concours d’architecture et imaginaire territorial : 
catalogue_grand
Les projets culturels au Québec, 1991-2005 / 
Architectural Competitions and Territorial Imagination:
Cultural Projects in Quebec, 1991-2005
304 pages (couleur)
ISBN : 2-920496-02-6
novembre 2006
 
Le territoire comme traité d’architecture, ou la modernité revisitée
Denis Bilodeau
Notes sur le dessin d’architecture : La coupe
Georges Adamczyk
Une longue histoire toujours d’actualité
Marc H. Choko
Un casting de rêve! (Habitants, touristes et figurants de l’architecture potentielle)
Jean-Pierre Chupin
Architecturer le récit patrimonial
Jacques Lachapelle
nouv-1bc_2bc_3
Concours d’architecture et médias
Catherine Szacka

Libellé de la subvention : 
Concours d’architecture : projets et nouvelles pratiques réflexives au Québec (1983-2003)

Directeur de la recherche :
Denis Bilodeau

Chercheurs associés :
Georges Adamczyk
Jean-Pierre Chupin
Anne Cormier
Pierre Boudon
Jacques Lachapelle

Assistants de recherche : 
Catherine Szacka
Hala Mehio
Jason Goorts
Lino Gomes Alves


Dans le cadre de cette subvention de recherche accordée par le Fond québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC), l’équipe du L.e.a.p. prépare, pour l’automne 2006, un projet de publication et d’exposition en collaboration avec le Centre de design de l’UQAM. Le vernissage de l’exposition aura lieu au Centre de Design à Montréal le 9 novembre et continuera jusqu’au 17 décembre 2006. L’exposition voyagera ensuite à La Pulperie de Chicoutimi, au Musée régional de Rimouski et à Paris au Pavillon de l’Arsenal. 

Sous le thème Concours d’architecture & imaginaire territorial : Les projets culturels au Québec (1991-2005), ce projet vise l’étude des stratégies territoriales développées dans le cadre de 31 concours culturels organisés sous l’égide du ministère de la Culture et des Communications du Québec pour la réalisation d’équipements culturels durant cette période.

Les 31 concours:

1991 – Centre d’interprétation du Bourg de Pabos
1992 – Musée régional de Rimouski
1994 – Bibliothèque d’Outremont
1995 – Parc de l’aventure basque en Amérique
1995 – Maison de la culture de Matane
1996 – Salle de spectacle de L’Assomption
1996 – Centre d’accueil et d’interprétation de Place-Royale
1997 – La Pulperie de Chicoutimi
1997 – Rénovation et agrandissement du Centre d’archives de Montréal
1999 – L’Anglicane de Lévis
1999 – Les Jardins de Métis
2000 – Grande Bibliothèque du Québec 

2000 – Théâtre de la Bordée
2000 – Centre de production et de diffusion culturelles de Carleton
2001 – Bibliothèque de Châteauguay
2001 – Salle de spectacle de Rimouski
2001 – École nationale de cirque
2001 – Musée du Fjord
2001 – Identification extérieure de la Place des Arts
2002 – Centre musical CAMMAC du lac MacDonald
2002 – Musée de la Nation huronne-wendat
2002 – Chapiteau des arts de la Cité des arts du cirque
2002 – Théâtre du Vieux-Terrebonne
2002 – Salle de spectacle de Saint-Hyacinthe
2002 – OSM, Complexe culturel et administratif
2002 – Réaménagement du Musée de la Gaspésie 

2002 – Palais Montcalm
2003 – Théâtre des Deux-Rives
2003 – Bibliothèque de Charlesbourg
2004 – Centre de production des arts de la scène Jean Besré
2005 – Salle de spectacle de Dolbeau-Mistassini

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CONCOURS 2006 – Archives

CONCOURS 2007 – Règlement

Logement social et recherche/création :
Cette recherche/création vise à explorer les idées nouvelles que peut engendrer le logement social en centre-ville dans le contexte canadien. Elleest articulée autour de deux concours d’idées organisés par le LEAP et s’adressant à des étudiants de 2e cycle en architecture et inscrits dans des universités canadiennes. Elle leur permet de participer activement à la formulation de propositions originales et de profiter des différents niveaux de réflexivités liés au processus de création architecturale en situation de concours. Cette recherche création doit engager une réflexion collective sur la ville, sur l’habitation et sur le potentiel culturel du logement social.
Titre du projet :
Le logement social comme espace de création, d’innovation et de critiques dans les centres-villes canadiens
Organisme subventionnaire :
Conseil de Recherches en Sciences Humaines du Canada (C.R.S.H.)
Responsable :
Anne Cormier


Professeurs associés :

Georges Adamczyk
Jean-Pierre Chupin
Jacques Lachapelle


Assistants de recherche :

Shannon Pirie, étudiante au PhD (UdeM)
Elif Genç, étudiante à la MArch (UdeM)
Nathalie Héroux, étudiante à la MArch (UdeM)
Mélanie Jetté, étudiante à la MArch (UdeM)
Audrey Laberge, étudiante à la MArch (UdeM)
Marc Labrèque, étudiant à la MArch (UdeM)
Alexandre Massé, étudiant à la MArch (UdeM)
Marie-Eve Primeau, étudiante à la MArch (UdeM)
Daphnée Touloumis, étudiante à la MArch (UdeM)