Cartographie de l’impact de la montée des océans sur les bâtiments de grande hauteur dans le monde

Mandana Bafghinia et Jean-Pierre Chupin assistés de l’étudiant à la maîtrise en urbanisme Conor DeSantis publient un rapport financé par le Council of Tall Buildings and Urban Habitats

 

Pour découvrir les cartographies :

https://storymaps.arcgis.com/stories/5dd6e81456e04204af90a3c209dfd76b

 

Pour consulter le rapport :

Bafghinia, M., Chupin, J.-P., Skyscrapers as a Complex Response to Rising Waters: Resilience and Adaptability. Report summarizing the result of the 2019 CTBUH Student Research Project published on the platform of the Council for Tall Buildings and Urban Habitat (2023) https://global.ctbuh.org/resources/papers/4600-Bafghinia_SkyscrapersAsAComplexResponse.pdf

Deux chercheurs postdoctoraux intègrent l’équipe de coordination du partenariat sur la qualité

Après consultation publique et affichage du poste, deux chercheurs postdoctoraux ont été recrutés pour assister l’équipe de coordination du partenariat CRSH sur la qualité dans l’environnement bâti (QEB).

Maria Patricia Farfan Sopo, nouvelle docteure de l’Université McGill est financée par le budget CRSH du partenariat, tandis que Morteza Hazbei, nouveau docteur de l’Université Concordia est financé par le budget complémentaire octroyé par l’Université de Montréal à la Chaire de recherche du Canada en architecture, concours et médiations de l’excellence.

Les résumés biographiques ci-dessous vous permettront d’apprécier leurs parcours personnels et universitaires remarquables. Bienvenu à Maria Patricia et Morteza!


Dr. Maria Patricia Farfan Sopo

Mon parcours personnel, académique et professionnel – ou comment j’en suis venu à voir et à aborder le domaine de l’environnement bâti – a commencé avec mes études de premier cycle dans ma Colombie natale, me rapprochant des questions de durabilité dans les régions d’Amérique latine, et l’expérience post-universitaire acquise au cours de mon Master (Minimum Cost Housing McGill University) – et de mon Doctorat en Histoire et Théorie (McGill University) achevé en février 2023.

Dans mon travail de doctorat, j’examine les transformations spatiales réalisées par les communautés autochtones de la région du Pacifique colombien qui créent un mouvement pacifiste par la reconnaissance de la culture au milieu de la violence, en mettant l’accent sur les femmes et la force politique qui ont créé l’environnement bâti éphémère en tant que territoire-grande maison. J’ai occupé un large éventail de postes administratifs et de direction dans le domaine universitaire, tout en travaillant avec diverses communautés et associations. Cela m’a donné une large perspective du monde universitaire et m’a préparée à collaborer efficacement avec des experts de différentes disciplines et cultures.


Dr. Morteza Hazbei

J’ai obtenu mon doctorat à l’Université Concordia en septembre 2023, en me concentrant sur l’amélioration de la durabilité de notre environnement bâti par l’intégration de l’habitabilité, de l’efficacité énergétique et de la conception contextuelle. Cette exploration interdisciplinaire m’a permis d’étudier les facteurs qui contribuent à la qualité de notre environnement bâti du point de vue de l’architecture et de l’ingénierie.

Parallèlement, j’ai agi à titre de chercheur étudiant principal dans le cadre du projet de partenariat du CRSH à Concordia. J’ai étudié l’interconnexion de l’habitabilité, de la décarbonisation et de la biodiversité afin de favoriser un environnement bâti inclusif et équitable, en particulier pour les groupes démographiques marginalisés comme les personnes âgées. De plus, mon rôle de vice-président au sein du comité des étudiants diplômés du partenariat du CRSH m’a donné l’occasion de collaborer avec des étudiants de diverses disciplines, ce qui m’a permis de mieux comprendre les multiples facettes de la qualité de l’environnement bâti, ce qui correspond parfaitement à mon domaine de recherche.

 

Source : https://livingatlasofquality.ca/fr/home

Les 4 vidéos de la 2e convention en ligne du partenariat CRSH sur la qualité sont en libre accès

Les enregistrements des 4 sessions de la deuxième convention en ligne du partenariat CRSH sur la qualité sont désormais en libre accès.

Rappelons que la recherche partenariale s’intitule Qualité dans l’environnement bâti au Canada : Feuilles de route vers l’équité, la valeur sociale et la durabilité et que ce projet rassemble 14 universités, 70 chercheurs et près de 70 institutions, villes et groupes citoyens jusqu’en 2027.

 

Cette deuxième rencontre s’est déroulée en ligne et en 4 temps correspondant à 4 thématiques pour des discussions ouvertes, libres, créatives et critiques :

Chaque rencontre a rassemblé plus d’une soixantaine de participants incluant des étudiants d’un océan à l’autre pendant 90mn.

On trouvera les enregistrement dans la section « partenariat » de l’Atlas vivant de la qualité dans l’environnement bâti.

Des rapports de synthèse seront produit à l’hiver 2024 juste à temps pour la 3e convention en personne qui se tiendra à Halifax en mai 2024.

 

Jean-Pierre Chupin, directeur du partenariat CRSH sur la qualité

titulaire de la Chaire de recherche du Canada en architecture, concours et médiations de l’excellence

4 doctorants reçoivent une bourse de la Chaire de recherche du Canada en architecture (CRC-ACME)

Les quatre doctorants en architecture suivants reçoivent chacun une bourse de 12 000$ pour 2023-2024 de la Chaire de recherche du Canada en architecture, concours et médiations de l’excellence dont Jean-Pierre Chupin est titulaire.

  • Shantanu Biswas Linkon, architecte originaire du Bangladesh
  • Paloma Castonguay-Rufino, architecte canadienne d’origine espagnole
  • Yolene Handabaka Ames, architecte canadienne originaire du Pérou
  • Cyrille Jérôme Tchango Ngamaleu, architecte originaire du Cameroun

 

Ces quatre étudiants sont inscrits sous la direction ou en codirection avec Jean-Pierre Chupin dans le programme de Ph. D. individualisé en architecture et travaillent sur les sujets suivants :

  • Shantanu Biswas Linkon. Re-evaluating the Social Value of Architecture in the Public Realms through Inclusiveness, Environmental Justice, and Spatial Justice. PhD individualisé en architecture. (Université de Montréal). (Septembre 2022)
  • Paloma Castonguay-Rufino. La réutilisation architecturale en tant qu’action climatique : Vers un cadre comparatif pour la reconnaissance des valeurs des vestiges industriels urbains au Canada. PhD individualisé en architecture. (Université de Montréal). Directeur. (Septembre 2022)
  • Yolene Handabaka. Comparative analysis of heritage public buildings at risk of demolition through the filter of social value as a parameter of the United Nations Sustainable Development Goals (SDG). PhD individualisé en architecture. (Université de Montréal). Co-directrice Carmela Cucuzzella. (Septembre 2023)
  • Cyrille Jérôme Tchango Ngamaleu. L’architecture au service de la santé : mesure de la qualité thérapeutique de l’espace architectural en milieu hospitalier. PhD individualisé en architecture. (Université de Montréal). (Septembre 2023)

Lucie Palombi est lauréate d’une bourse doctorale de la Fondation de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) d’une valeur de 12 500 $

Le jury chargé d’évaluer les candidatures de doctorat soumises dans le cadre du concours de bourses 2023-2024, formé de professeurs d’universités québécoises et de spécialistes de BAnQ, a attribué à Lucie Palombi une bourse doctorale de 12 500 $ pour son projet intitulé « Textualité et projet en architecture – Approche interprétative et comparative d’écrits rédigés par des architectes québécois ». Lucie effectue sa thèse dans le programme de doctorat individualisé en architecture sous la direction de Jean-Pierre Chupin.

La candidature de Lucie Palombi à l’occasion de ce concours a reçu une recommandation de Mme Phyllis Lambert, fondatrice du Centre Canadien d’Architecture. À BAnQ Vieux-Montréal, Lucie étudie le fonds de l’architecte et écrivain québécois Jacques Folch-Ribas, lauréat de nombreux prix littéraires. Elle analyse notamment ses correspondances avec de grands noms du monde de la littérature et de l’édition (Marguerite Yourcenar, Hervé Bazin, Jean Cayrol, Michèle Lalonde ou encore Robert Laffont) et questionne les critères qui font basculer un architecte du statut d’« écrivant » à celui d’écrivain.

La CRC-ACME coordonne un partenariat de recherche financé par le CRSH sur la qualité (2022-2027)

Financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada jusqu’en 2027, un important partenariat de recherche sur la qualité de l’environnement bâti réunit – pour la première fois – 14 universités,
70 chercheurs et 68 organismes publics et privés aux plans municipal, provincial et national.

La valeur totale de ce partenariat correspondra à 8.6M$ dont: 2.5M$ du CRSH, 6.1M$ des partenaires incluant 4.2M$ de contributions en nature). Un tel investissement confirme l’engagement de tous les partenaires ainsi que l’importance de la démarche collaborative.

Le partenariat stimulera un dialogue vital démontrant comment ceux qui participent activement à la réflexion et à la création de l’environnement bâti à travers le Canada peuvent contribuer à une redéfinition de la qualité conduisant à plus d’équité, plus de valeur sociale et plus de durabilité à un moment critique pour notre planète.

Coordonné, depuis l’Université de Montréal, par la Chaire de recherche du Canada en architecture, concours et médiations de l’excellence (CRC-ACME), le partenariat La qualité de l’environnement bâti au Canada : Feuilles de route vers l’équité, la valeur sociale et la durabilité s’adresse à la diversité des environnements publics qui ont un impact sur la vie quotidienne de millions de Canadiens dans les espaces urbains, les bâtiments et les paysages.

Le programme se donne 3 objectifs :
1. Analyser les limites actuelles des normes et modèles environnementaux pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies.
2. Co-concevoir de nouvelles voies vers l’équité, la diversité et l’inclusion dans l’environnement bâti.
3. Définir de nouveaux cadres pour la définition de la qualité afin d’améliorer la valeur sociale de l’environnement bâti grâce à des feuilles de route vers la qualité.

Pour atteindre ces objectifs, le partenariat réunit méthodologiquement 4 ensembles d’acteurs concernés par l’utilisation, l’étude, la planification, la conception, la construction et la gestion des environnements bâtis :

  • Les citoyens (représentants des communautés, y compris les minorités et les populations sous-représentées).
  • Les villes (acteurs nationaux, provinciaux et municipaux de la commande publique des environnements bâtis).
  • Organismes d’évaluation de la qualité (associations professionnelles, institutions qui décernent des prix d’excellence, conseils, villes).
  • Les universités (équipes de recherche interdisciplinaire).

Pour la première fois et à une échelle sans précédent dans les disciplines du design au Canada, le projet rassemble 14 universités, toutes les écoles d’architecture et la plupart des départements d’architecture du paysage et de design environnemental. Il mobilise 23 disciplines concernées par l’impact des environnements bâtis sur les citoyens. Soixante-huit organisations partenaires, y compris des institutions nationales et des organisations à but non lucratif, se joindront à une conversation portant sur quatre groupes thématiques afin d’aborder les considérations urgentes sur la qualité relatives à :

1- La justice spatiale et l’amélioration de la qualité de vie.
2- La résilience intégrée, la culture matérielle et la réutilisation adaptative.
3- La conception inclusive pour la santé, le bien-être, le vieillissement et les besoins spéciaux.
4- Les processus et politiques soutenant la réinvention des environnements bâtis.

Cet effort de collaboration sans précédent stimulera la formation, les stages et les connexions entre des centaines d’étudiants et des communautés de pratique. Le partenariat s’engagera dans une co-création intersectorielle de connaissances dont les résultats prendront la forme de « feuilles de route vers la qualité » (guides, analyses d’études de cas exemplaires, ressources pour la réflexion sur la conception et proposition de politiques publiques, etc.). Ceux-ci constitueront un Atlas vivant de la qualité dans l’environnement bâti instauré sur une plateforme numérique créée avec le soutien de la Fondation canadienne pour l’innovation. Conçu comme un forum public sur la valeur sociale, économique et environnementale de la qualité, l’Atlas vivant offrira un accès libre à des répertoires de projets primés, des études de cas, des analyses comparatives, des ressources et articles scientifiques, des podcasts didactiques interprétatifs, des cartes analogiques et des visualisations.

 

Subvention de partenariat du CRSH no 895-2022-1003

 

Pour consulter la liste complète des co-chercheurs, des collaborateurs et des partenaires officiels : 

Lien vers la plateforme du CRSH :

https://www.sshrc-crsh.gc.ca/results-resultats/recipients-recipiendaires/2021/pg-sp-fra.aspx

 

Jean-Pierre Chupin dénonce la confusion entre sondage en ligne et concours de projets dans une lettre ouverte relayée par La Presse, TVA et Kollectif

« Sondage versus concours : simulacre et démocratie » – Lettre ouverte co-signée par Jean-Pierre Chupin et Jacques White à propos de l’annulation du concours du Monument commémoratif national de la mission du Canada en Afghanistan. 

Quand il s’agit de juger des projets d’art ou d’architecture, un sondage en ligne est un « simulacre de démocratie » qui ne peut remplacer ni un concours de design ni un vrai jury! Condamnant vigoureusement des élections organisées par la Russie dans les territoires occupés de l’Ukraine, le Premier ministre Justin Trudeau a récemment déclaré haut et fort que ces procédures constituaient un « simulacre d’élections ». En annulant un résultat de concours pour un monument aux vétérans, et en le remplaçant par un sondage en ligne, son gouvernement s’est quant à lui dangereusement égaré dans un simulacre de démocratie sur lequel il faut aujourd’hui réfléchir pour mieux réagir et surtout éviter qu’il ne se reproduise.

Rappelons tout d’abord que les milieux de l’art, de l’architecture et du design ne décolèrent pas depuis l’annonce, le 19 juin dernier, de l’annulation du résultat du concours pour le monument commémoratif de la mission du Canada en Afghanistan. Cette frustration apparaît d’autant plus légitime que le renversement du choix du jury s’est fait sur la seule base d’un sondage en ligne propice aux confusions de toutes sortes. Affirmant vouloir donner la parole aux vétérans, chose honorable s’il en est, le gouvernement fédéral a décrédibilisé la décision du jury d’un concours de design, sacrifiant au passage un principe fondamental de notre démocratie : le respect d’un jugement collectif qualitatif porté par un jury représentatif, impartial et informé…

Lire la suite sur le site de Kollectif 

Dans la presse :

Voir l’article sur TVA nouvelles, d’Anne-Caroline Desplanques
Voir l’article sur Radio Canada, d’Erik Chouinard
Voir l’article dans La Presse

Voir l’article dans Canadian Architect par Elsa Lam

Sondage versus concours : simulacre et démocratie

À propos de l’annulation du concours pour le monument commémoratif de la mission du Canada en Afghanistan par Jean-Pierre Chupin et Jacques White.

 

Quand il s’agit de juger des projets d’art ou d’architecture, un sondage en ligne est un « simulacre de démocratie » qui ne peut remplacer ni un concours de design ni un vrai jury! Condamnant vigoureusement des élections organisées par la Russie dans les territoires occupés de l’Ukraine, le Premier ministre Justin Trudeau a récemment déclaré haut et fort que ces procédures constituaient un « simulacre d’élections ». En annulant un résultat de concours pour un monument aux vétérans, et en le remplaçant par un sondage en ligne, son gouvernement s’est quant à lui dangereusement égaré dans un simulacre de démocratie sur lequel il faut aujourd’hui réfléchir pour mieux réagir et surtout éviter qu’il ne se reproduise.

Sondage versus concours : simulacre et démocratie

11 septembre 2023

Jean-Pierre Chupin, professeur titulaire de la chaire de recherche du Canada en architecture, concours et médiations de l’excellence à l’Université de Montréal (www.crc.umontreal.ca)

Jacques White, architecte, professeur retraité à l’Université Laval, formateur et conseiller professionnel en concours multidisciplinaires et d’architecture

 

Rappelons tout d’abord que les milieux de l’art, de l’architecture et du design ne décolèrent pas depuis l’annonce, le 19 juin dernier, de l’annulation du résultat du concours pour le monument commémoratif de la mission du Canada en Afghanistan. Cette frustration apparaît d’autant plus légitime que le renversement du choix du jury s’est fait sur la seule base d’un sondage en ligne propice aux confusions de toutes sortes. Affirmant vouloir donner la parole aux vétérans, chose honorable s’il en est, le gouvernement fédéral a décrédibilisé la décision du jury d’un concours de design, sacrifiant au passage un principe fondamental de notre démocratie : le respect d’un jugement collectif qualitatif porté par un jury représentatif, impartial et informé.

Si cette affaire devenait un précédent de la commande publique, aucun architecte, designer ou artiste n’accepterait que sa proposition soit livrée en pâture à un sondage en ligne. Pour juger de la complexité de projets pour des espaces publics, pour des édifices recevant du public et dans le cas présent pour des « monuments publics », un sondage ne sera jamais une procédure fiable, équitable, et transparente comme peut l’être une procédure de mise en concours bien organisée. En tant qu’universitaires et architectes bien au fait des pratiques de concours, il nous importe de dénoncer la dangereuse confusion entre opinion et jugement. Un vote anonyme en ligne, même agrémenté d’une série de questions, n’est pas l’équivalent des délibérations d’un jury représentatif des intérêts du public, constitué de membres informés des multiples enjeux qui débattent pendant de longues heures de toutes les propositions – elles-mêmes conçues par des équipes multidisciplinaires – et qui portent un jugement consensuel argumenté au nom de l’intérêt collectif. Nous pourrions passer au crible les questions sondage, les comparer aux documents du concours et démontrer sans difficulté en quoi celles du sondage restent superficielles, fermées et non opérationnelles, tandis que celles du concours ciblent des questions fondamentales, ouvertes à la conception et utiles pour conduire à un jugement solidement argumenté.

Car ce sondage s’est effectué dans un temps très court, à partir de la diffusion de dossiers de projets dont on sait que la complexité échappe parfois aux experts eux-mêmes. Plus douteux encore, se sondage était contrôlé par des questions dites thématiques, dont chaque formulation aurait été un impossible défi de design pour les artistes et les designers. On demandait par exemple quel concept exprime correctement : « L’appui indéfectible manifesté par les familles, les amis et les collectivités au Canada tout au long de la mission ». On demandait encore quelles propositions parviennent à : « Reconnaître les efforts des Canadiens et des Canadiennes qui, solidaires avec le peuple afghan, ont aidé à rebâtir l’Afghanistan et encourager une meilleure compréhension de l’importance et de la portée de la mission du Canada en Afghanistan ». L’art, le design et l’architecture ne peuvent pas tout représenter de façon directe, simpliste et sans équivoque, surtout quand il est question de symbolique nationale. Il aurait été plus simple et plus honnête de demander aux répondants de désigner leur projet préféré, mais, ce faisant, il aurait été plus difficile de camoufler un choix purement politique derrière un nuage d’opinions dont la subjectivité aurait alors été évidente.

Insistons, un sondage n’est pas un jugement collectif! Seul le jugement qualitatif d’un jury constitue une construction délibérative – une intelligence collective – et c’est en cela qu’il s’agit d’un des plus importants dispositifs démocratiques. Il est vrai que de nombreux concours – mais ce n’était pas le cas de celui-ci – comportent un article permettant au commanditaire de ne pas suivre la recommandation du jury. Le cas échéant, il a pour seul objectif de contrer toute ingérence ou irrégularité qui serait intervenue dans le processus du concours et qui en discréditerait le résultat. Dans le cas qui nous occupe, l’inverse se produit : le commanditaire s’ingère dans un processus démocratique qu’il a préalablement approuvé en le discréditant, sans justification valable. Que dirait-on d’un résultat sportif ou d’un prix cinématographique qui serait annulé par un sondage en ligne a posteriori? Que dirait-on d’une élection démocratique qui serait renversée par un sondage anonyme en ligne? Que dirait-on d’un jugement du tribunal, qui serait annulé par sondage en ligne désignant le « vrai » coupable? Ne s’agirait-il pas, dans tous les cas, de lynchage public révoltant?

L’honneur des vétérans ne se trouve respecté ni par la réfutation peu honorable d’une procédure bien établie, ni par un choix politique au résultat peu convaincant. Ce n’est pas l’objectif premier de notre analyse, mais en comparant les deux propositions les différences sont claires, tout comme les tensions entre abstraction et figuration qu’elles incarnent. Il est assez clair que le choix d’une imagerie figurative a été présenté comme populaire et « validé par les vétérans », pour mieux l’inscrire en opposition au choix d’un jury d’experts jugé abstrait. Le jury était pourtant composé d’un vétéran, d’une représentante des familles de militaires, d’un ancien ambassadeur en Afghanistan, mais également d’un directeur de musée, d’un architecte, d’un historien et d’une architecte de paysage. Il y a même quelque chose de méprisant, envers la population canadienne, à considérer qu’un monument commémoratif serait mieux servi par des images littérales chargées d’armures, de casques et de boucliers, que par des images épurées évoquant le sacrifice humain par d’intemporels jeux d’ombre et de lumière. Quand on sait que plusieurs autres projets de monuments commémoratifs sont en gestation au ministère des Anciens Combattants, il serait urgent d’ouvrir le débat de la création contemporaine au service du patrimoine et des citoyens.

Tout le monde est perdant dans cette triste affaire. Les vétérans, tout d’abord, car on n’exprime pas « la profonde gratitude du Canada pour les sacrifices consentis par les Canadiens et Canadiennes qui ont servi en Afghanistan, y compris les membres des Forces armées canadiennes et les civils qui ont perdu la vie ou ont été blessés » *, en bafouant une procédure sensée protéger l’audace, l’intégrité et l’impartialité. Le gouvernement ensuite, qui se doit d’incarner l’exemplarité dans toutes ses procédures et respecter ses engagements formulés dans ses propres modalités d’octroi des marchés publics. Les citoyens et citoyennes sont également perdants et perdantes, car la solennité de la visite du monument sera longtemps brouillée par la controverse et la polémique et c’est bien la confiance dans une procédure de jugement qualitatif qui est perdante de cet échec monumental. Finalement, n’oublions pas les équipes qui ont consacré de longues heures et ont mis leur âme et leur expertise dans leur proposition, croyant légitimement à leurs chances de la voir évaluée avec équité, dans le respect des règles annoncées. Comprenons d’autant plus leur immense déception que, contrairement aux bonnes pratiques des concours, le gouvernement n’a pas encore eu le courage, de partager le rapport du jury.

Cette triste situation n’est pas irréversible. Nous y voyons plusieurs issues complémentaires :

Tout d’abord, et puisqu’il est aussi question de fonds public dans cette affaire, demandons au minimum que le rapport du jury soit diffusé publiquement le plus rapidement possible. Par respect pour les concurrents, les membres du jury, et d’une certaine façon pour tous les architectes, designers et artistes – gens d’honneur et de principe au service de la collectivité – ce rapport constituera la première pierre d’un véritable débat public, impossible sans cela.

Mais il y a plus important encore. Par respect pour les vétérans, demandons au gouvernement de revenir sur cette mauvaise décision en octroyant le projet à l’équipe lauréat du concours.

Enfin, pour que cette situation n’entache pas les prochains appels à concevoir et à construire des monuments, tout comme des édifices et des espaces publics, demandons au gouvernement de respecter – voire de généraliser – une procédure véritablement qualitative et démocratique : le concours de projets avec jury.

 

 

*Extrait de la première question du sondage en ligne.

https://www.canada.ca/fr/patrimoine-canadien/services/art-monuments/projets-cours/resultats-sondage-monument-afghanistan.html

 Liens utiles :

https://www.veterans.gc.ca/fra/remembrance/memorials/afghanistan-monument

https://www.canada.ca/fr/anciens-combattants-canada/nouvelles/2023/06/le-gouvernement-du-canada-devoile-le-concept-de-design-selectionne-pour-le-monument-commemoratif-national-de-la-mission-du-canada-en-afghanistan.html

https://www.canada.ca/fr/patrimoine-canadien/services/art-monuments/projets-cours/resultats-sondage-monument-afghanistan.html

https://www.lapresse.ca/actualites/chroniques/2023-08-28/monument-commemoratif-de-la-mission-du-canada-en-afghanistan/quand-le-gouvernement-trudeau-ecarte-les-gagnants-du-podium.php

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/797709/idees-desaveu-nie-excellence-art?

 

Pétition lancée par un collectif d’artistes :

https://www.change.org/p/monument-commémoratif-de-la-mission-du-canada-en-afghanistan-combattre-l-injustice

Conférence-débat autour de l’histoire des écoles d’architecture en France et au Québec

Date : 31 janvier, 2023, 17h30

Localisation : Amphithéatre 1120, Faculté de l’aménagement, Université de Montréal.

A l’occasion de la parution en 2022 de L’architecture en ses écoles, une encyclopédie, nous accueillons Daniel Le Couédic, architecte et historien, professeur à l’Université de Bretagne Occidentale, et co-directeur de l’ouvrage. Autour de Lucie K. Morisset, professeure à l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain, cette conférence-débat réunira également deux contributeurs québécois à l’encyclopédie, François Giraldeau, professeur honoraire à l’École de design de l’UQAM, et Jean-Pierre Chupin, professeur à l’École d’architecture de l’UdeM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en architecture, concours et médiations d’excellence,

  • Anne-Marie Châtelet, Amandine Diener, Marie-Jeanne Dumont and Daniel Le Couédic, (dirs.), L’architecture en ses écoles (une encyclopédie de l’enseignement de l’architecture au XXe siècle), Châteaulin, Éditions Locus Solus, 2022.
  • Jean-Pierre Chupin et François Giraldeau, article Québec, relations et échanges. p. 568.

Sommaire

Avec ses 704 pages et ses 341 notes rédigées par 147 auteurs, cet ouvrage est le résultat d’un vaste effort collectif pour rassembler et approfondir, de manière inédite, un état des connaissances jusqu’alors fragmentaire.Cette histoire de l’enseignement de l’architecture en France au XXe siècle aborde de multiples dimensions – pédagogique, professionnelle, territoriale, politique, institutionnelle et matérielle – et couvre un ensemble d’institutions impliquées dans l’enseignement de l’architecture, comme les écoles d’ingénieurs.

En France, l’histoire de l’enseignement de l’architecture a longtemps été réduite à ses prétendues lacunes et au récit de la lutte des chantres de la modernité contre l’École des Beaux-Arts de Paris. Le tremblement de terre de 1968 a enterré jusqu’au souvenir de cette époque révolue. Le renouveau est venu des États-Unis, où l’École avait joui d’un grand prestige, mais il n’a d’abord concerné que le XIXe siècle. Il faudra attendre les années 1980 pour que s’éclaire la complexité des choses débattues et vécues au XXe siècle et, surtout, pour que soient corrélées les recherches sur l’architecture, son enseignement, la profession et sa pratique.

Dans ce mouvement, on retrouve le débat longtemps exacerbé entre les architectes défendant le monopole parisien et leurs confrères provinciaux, qui avait précédé la création des premières écoles régionales en 1903. L’École régionale de Rennes – devenue École régionale de Bretagne en 1984 – fut la seconde à ouvrir ses portes ; son histoire permet ainsi de comprendre toutes les étapes de ce parcours heurté qui, bien au-delà de l’architecture, renseigne sur la réinvention de l’enseignement supérieur en France et sur le rôle qu’il a joué dans la structuration du territoire national.

La discussion s’appuiera également sur un autre livre de notre invité : Un siècle de fabrique des architectes, Châteaulin, Locus Solus, 2022.

Télécharger l’affiche PDF de l’événement : https://crc.umontreal.ca/wp-content/uploads/2023/01/20230131_Affiche_Conference-debat.pdf